Sainte Thérèse à la table des communicants, par le père Ruffray



Par le père Olivier Ruffray, Recteur du Sanctuaire Sainte-Thérèse de Lisieux depuis 2013.

Si sainte Thérèse s’asseyait à la table des communicants, elle commencerait par regarder de ses yeux bleu-vert, ses interlocuteurs. Son sourire illuminerait son visage et irradierait les leurs.

Comme dans l’Évangile : « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima » (Mc 10, 21).

Thérèse esquisserait une salutation pour mettre ses correspondants en confiance. Toute ouïe, elle se mettrait à leur écoute. Elle entendrait leurs paroles. Elle penserait alors dans le secret de son coeur au « Verbe fait chair » qui sait et connait toute situation, le secret de toute vie. Elle se rappellerait la question posée un jour à sa soeur Céline : « Qu’est-ce donc que cette parole ? »

Elle répondrait : « Il me semble que la parole de Jésus, c’est Lui-même… Lui, le Verbe, la Parole de Dieu » (LT 165).

Si sainte Thérèse s’asseyait à la table des communicants, elle prendrait le pichet, verserait l’eau qui calme la soif, désaltère, abreuve la terre et donne la vie. Dans un geste large, les bras ouverts, elle les inviterait à respirer le monde avec bienveillance pour lire les signes des temps. Elle les inviterait, dans une réponse de foi à brûler comme un feu, dans l’espérance audacieuse de la résurrection du Seigneur Jésus qui donne sens à sa vie offerte de disciple-missionnaire de l’Amour de Dieu. Elle consonnerait avec délice au désir de Jésus et se ferait son porte-parole :

« Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » (Lc 12, 49).

 

Si sainte Thérèse s’asseyait à la table des communicants, elle tendrait sa main et toucherait délicatement leurs mains pour les encourager dans leur engagement, les féliciter pour leur travail, les remercier pour leur témoignage de vie. Elle tendrait encore sa main pour calmer leur fièvre lorsque l’agitation du monde ambiant se fait trop pressante et pressée.

L'odeur des brebis

Si sainte Thérèse s’asseyait à la table des communicants, elle leur partagerait son goût de la vie. Elle leur ferait comprendre de l’intérieur, l’appel de la vie qui sourd en elle comme une source qui irrigue tout sur son passage et invite à relever les défis du moment présent pour goûter un jour dans l’éternité, la vie qui ne finit pas mais se laisse transformer, modeler par le doigté des mains du Créateur, au gré de nos réponses personnelles et ecclésiales.

Si sainte Thérèse s’asseyait à la table des communicants, elle laisserait échapper la bonne odeur du Christ qui est toute sa raison d’exister. Elle leur donnerait le désir de humer, dans le dynamisme missionnaire qui la traverse, « l’odeur des brebis » dont parle le pape François. Elle leur révélerait encore son parfum de rose, son parfum de petite fleur blanche printanière, dans l’Amour qui la conduit. Elle leur dévoilerait leurs racines cachées au pied de la croix du Christ et leur donnerait à sentir l’odeur âcre du sacrifice, de la souffrance, de l’abnégation et du renoncement, dans la recherche de la Vérité qui est l’objet de toute sa vie.

Si sainte Thérèse s’asseyait à la table des communicants, avec humilité, elle garderait le silence. Son sourire parlerait et attirerait les coeurs vers un Ailleurs pour une lumineuse rencontre qui aura bouleversé toute sa vie et lui donne encore aujourd’hui, dans le désir profond qui l’habite de « faire du bien sur la terre ».

Si sainte Thérèse s’asseyait à la table des communicants, dans la liberté que suscite au-dedans de nous la grâce de l’Esprit Saint, elle laisserait le Seigneur susurrer à l’oreille de chacun de leurs coeurs :

« Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (Ap 3, 20).