"L'espérance est un trésor", par Mgr Touvet

le 30/08/2021


Par Mgr François Touvet, évêque de Châlons depuis 2016 et président du Conseil pour la communication depuis juillet 2021.

Il me revient souvent en mémoire un chant appris pendant mon adolescence avec mes frères scouts : « L’espérance ». C’est un des seuls chants que nous parvenions à chanter à plusieurs voix, ce qui lui conférait un statut privilégié dans notre répertoire. Que ce soit en marchant sous une pluie battante avec le moral dans les chaussettes, ou en pleine nuit quand nous étions perdus et tentés de poser le sac pour attendre le lendemain, ou le soir autour du feu de camp après une journée d’intenses aventures, ce chant provoquait toujours une vive émotion et laissait en nos cœurs une empreinte durable. Encore aujourd’hui, la voix claire du « petit oiseau joyeux » me redit souvent : « reprends courage, l’espérance est un trésor. Même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or ».

Le concert de messages que nous recevons en images, vidéos, discours, déclarations solennelles, informations télévisées, semble vouloir couvrir le ciel de noirs nuages. Les nouvelles positives reflétant la beauté, la vérité, la générosité ne sont pas les plus nombreuses, loin de là. Nous sommes devant un grand défi : comment laisser voir la frange d’or ? Nous chrétiens, comment dégager ce ciel des nuages trop noirs qui l’encombrent pour permettre à « l’astre du matin », le Seigneur Jésus ressuscité, de laisser briller sa grande lumière qui réchauffe, rassure et guide. Le mystère pascal nourrit justement en nous ce trésor de l’espérance. Nous ne restons pas là, avachis et inactifs, à pleurnicher ou à nous démoraliser mutuellement. La foi reçue des Apôtres nous conduit à affirmer que la mort est vaincue, et que le Seigneur nous offre dès cette vie toutes les grâces de la victoire, comme celle de la lumière sur les ténèbres chaque matin dans le chœur de nos églises orientées : le Seigneur guérit nos blessures, pardonne nos péchés, réconforte les découragés, donne la vue aux aveugles, fait entendre les sourds, remet debout les paralytiques, comble de bien les affamés, ressuscite les morts.

Dans sa communication, Dieu ne revient pas continuellement sur nos péchés, nos divisions, nos infidélités, mais il fait resplendir sa miséricorde. Il ne ressasse pas les iniquités, mensonges, violences et trahisons des uns et des autres, mais il donne son Esprit pour que nous proclamions la Bonne Nouvelle aux pauvres. Et voilà la frange d’or : notre communication en Église nous permet de relayer avec fidélité l’auto-communication, la Révélation de Dieu par lui-même. Au monde qui n’attend rien de l’Église, ou plutôt qui attend tellement sans le savoir, aux cœurs endurcis, aux intelligences en révolte, nous adressons un message et un chant d’espérance. Nous cherchons ensemble, sous la conduite de l’Esprit-Saint, les mots qu’il nous faut employer dans le langage de chacune des générations ou catégories de population d’aujourd’hui, afin que « chacun entende proclamer dans sa propre langue les merveilles de Dieu » (Ac 2). Une sorte de Pentecôte à offrir au monde.

Un exemple ? Nous venons de vivre dix-huit mois particulièrement pénibles, marqués par cette crise sanitaire exceptionnelle. Chaque soir, nous avons entendu la litanie des statistiques morbides. Chaque jour, les nouvelles étaient de plus en plus déprimantes. Comment ne pas nous étonner de constater en nous ou autour de nous tellement de désespoir, de découragement, et une telle perte de confiance qui génère des violences à la chaîne. En sortie de crise – et nous espérons que c’est vraiment la sortie – la parole de l’Église est invitée à rejoindre la « com de Dieu » pour donner des bonnes nouvelles, écrire de multiples petites pages d’Évangile qui reflètent la joie, la paix, la fraternité, le bonheur, qui nourrissent la confiance en la vie et en l’avenir, la confiance en l’autre, la confiance en l’Autre, et qui donnent du sens à la vie, aux rencontres, aux épreuves traversées et aux services rendus.

Après un hiver sombre et gris, parfois nous regardons le ciel, et nous devinons bien la boule de feu du soleil derrière le gros nuage noir. Lorsque le vent chasse le nuage, nous voyons se dessiner la frange d’or, puis apparaître cette lumière que nous ne pouvons même pas regarder en face. Cette parabole de l’espérance vient animer nos travaux de communicants en Église : nous accueillons le Souffle divin qui chasse les ténèbres de nos cœurs et de notre monde et nous donne la force de communiquer l’espérance et de communiquer dans l’espérance.